-able

-able Élément, du lat. -abilis, signifiant « qui peut être » (récupérable, ministrable) ou moins souvent « qui donne », « enclin à » (secourable, pitoyable).

Suffixe, du lat. -abilis, "qui peut être" (ex. faisable, mangeable) ou "enclin à être" (ex. secourable). (V. aussi -ible.)

⇒-ABLE, -IBLE, -UBLE, suff.
Sert à former des adj. à partir de verbes, exprime la possibilité.
I.— Suffixe formateur d'adjectifs à partir de verbes transitifs directs et exprimant la possibilité passive (« que l'on peut » + infinitif)
On observera que les adj. en -able ne peuvent guère être suivis d'un compl. d'agent introd. par la prép. par (critiquable par certains, par beaucoup, mais : critiquable pour certains, pour beaucoup). Il est donc préférable de définir -able par la tournure active « que l'on peut » + inf. plutôt que par la tournure passive « qui peut être » + part. passé. Le dér. qualifie celui ou ce qui est l'objet de l'action. Les ex. sont innombrables :
absorbable « qui peut être absorbé »
applicable « qu'on peut appliquer »
communicable
conciliable
convocable
détachable
dissociable
identifiable
mangeable
négligeable
pénétrable
retouchable
simplifiable
vendable
vérifiable
Certains dér. impliquent plutôt l'idée d'obligation que celle de possibilité : admirable « qui doit être admiré »,risible « dont on doit rire »...
Rem. 1. Remédiable (rare) « à quoi l'on peut remédier » est issu de remédier, verbe trans. indir. Irrémédiable est au contraire usuel. 2. -able est parfois accolé à des verbes intrans. empl. transitivement : chômable « qui peut être chômé »; sortable « que l'on peut sortir ». 3. Dans aimable, le sens du verbe aimer est atténué (« qui mérite d'être aimé » d'où « qui cherche à faire plaisir ») et l'on se rapproche de la valeur active. Il n'en était pas ainsi en fr. class. Amiable, terme de dr. et de math., est empl. par la lang. cour. dans la loc. à l'amiable.
II.— Plus rarement. Suffixe formateur d'adjectifs à partir de verbes intransitifs
A.— Le dérivé présente un sens actif (« qui peut + infinitif »). Il qualifie ce à quoi (plus rarement celui à qui) on attribue une action.
Il est concurrencé dans ce cas par les adj. d'orig. part. en et -ant, ainsi que par l'ensemble des adj. en -if. Ce dernier suff., cependant, ne met pas l'accent sur l'idée de possibilité et correspond régulièrement à des subst. en -tion (on notera toutefois qu'on dit variable et non variatif malgré l'existence du subst. variation).
1. Adj. qualifiant des subst. de l'inanimé :
convenable « qui doit convenir », « qui convient en effet »
délectable « qui délecte »
durable « qui doit durer »
fermentable ou plus fréquemment fermentescible « qui est susceptible de fermenter »
flottable (bouée flottable) « qui peut flotter » cf. aussi inf. B
immuable(muer) « qui ne change pas »
périssable « qui est sujet à périr »
préalable « qui doit précéder »
semblable « qui ressemble à »
valable « qui vaut »
variable « qui est susceptible de varier »
cf. aussi lamentable « qui fait se lamenter ». Mais il y a rupture sémantique avec le verbe se lamenter. Lamentable fonctionne comme synon. superl. de mauvais.
2. Adj. qualifiant des subst. de l'animé :
faillible « qui peut se tromper »
serviable « qui rend service »
viable « apte à vivre », « qui normalement doit vivre » — ce terme a été encore empl. par Proust dans le sens de « praticable » (E. Thorné HAMMAR, Le Développement de sens du suffixe latin -bilis en français. Lund, 1942, p.189.).
3. Dans ce sens, le suff. s'accole except. à des verbes trans. :
épouvantable « qui épouvante »
secourable « qui secourt »
B.— Par ext. Le dérivé sert à qualifier le lieu où l'action est susceptible de se dérouler (« où l'on peut + infinitif ») :
flottable (rivière flottable) « sur laquelle qqc. peut flotter »
jouable (terrain jouable) « où l'on peut jouer », signalé par J. Pinchon, (cf. bbg., op. cit., p. 47)
navigable « où l'on peut naviguer »
patinable « où l'on peut patiner » (E. Thorné HAMMAR, Le Développement de sens du suffixe latin -bilis en français. Lund, 1942, p. 188)
pâturable « où l'on peut pâturer »
praticable (chemin praticable) « où l'on peut passer sans danger »
skiable « où l'on peut skier »
stationnable (néol.) « où l'on peut stationner »
trottable « où l'on peut trotter » — attesté ds LITTRÉ « prairies (...) très trottables »
Rem. Dans carrossable (de carrosse) « où peuvent circuler des voitures », cyclable « où l'on peut faire du vélo » (NYROP t. 3 1936, § 141 considère cet adj. comme dér. du subst. Il se peut aussi que la base soit cycler, anciennement « faire du vélo »), il ne s'agit sans doute pas de dér. directs de subst., mais plutôt de formations issues de loc. verbales du type circuler en carrosse, circuler à (bi)cycl(ette), qui pallient l'absence de verbes comme carrosser, cycler.
III.— Rarement. Suffixe formateur d'adjectifs à partir de substantifs
A.— Le dérivé exprime la faculté de provoquer. Il a le sens de « qui cause, qui produit ». Le subst. de base possède gén. un corresp. verbal de même famille morphosémantique :
confortable « qui procure du confort » / réconforter
dommageable « qui cause du dommage » / endommager
effroyable « qui cause de l'effroi » / effrayer
pitoyable « qui inspire la pitié » / apitoyer
Noter cependant :
corvéable « assujetti à la corvée »
justiciable « qui doit passer en justice »
préjudiciable « qui porte préjudice »
sabotable « dont on peut faire des sabots » (LITTRÉ)
Rentable est, en synchronie, détaché de rente et mis en rapport avec rendement : « avoir un rendement satisfaisant eu égard à la mise, à l'investissement ».
B.— Le dérivé attribue au substantif qu'il sert à qualifier la qualité contenue dans le substantif de base (il a de la charité — il est charitable).
Rem. Dans ce cas, -able entre dans la série des suff. -al, -el, -eux, -ique..., formateurs d'adj. à partir de subst., et l'on peut se demander s'il ne constitue pas un véritable suff. homon. du suff. -able formateur d'adj. à partir de verbes (cf. DUB. Gramm. t. 3 1969, p. 126). On observera cependant que même dans ce cas une idée verbale sous-tend le suff. -able; charitable peut se traduire aussi par « qui fait preuve de charité », équitable par « qui fait preuve d'équité » :
charitable « qui a de la charité »
équitable « qui a de l'équité », « où l'on a fait preuve d'équité »
favorable « qui attire la faveur, qui est à l'avantage de » (lorsque le subst. qualifié est de l'animé : « qui favorise »)
raisonnable « doué de raison », « conforme à la raison »
véritable « conforme à la vérité », « conforme à ce qui est attendu de... »
Créations récentes :
clubbable (NYROP t. 3, § 141)
goncourable (J. PINCHON, op. cit., p. 47)
ministrable « qui peut devenir ministre » (NYROP t. 3, § 141)
papable « qui peut devenir pape » (emprunt à l'ital.)
Ces dér. ne forment pas de subst. en -abilité.
Rem. -able est-il un suff. ou une flexion? La majorité des adj. en -able/-ible sont des dér. de verbes, et l'on peut se demander si cette finale est un suff. véritable ou une flexion, au même titre que -ant et (ou -u). a) -able/-ible sont toutefois plus indépendants du paradigme verbal que les dés. de part. prés. ou de part. passé et se rangent donc plutôt du côté des suff. : en effet, une seule catégorie de verbes, celle des verbes trans. dir. (I) fournit régulièrement des dér. en -able; au demeurant, même dans cette catégorie, l'adj. verbal en -able/-ible est loin d'être toujours attesté : la dér. en -able/-ible paraît difficile avec certains verbes comme agacer, contrarier, ennuyer, fâcher, navrer ou posséder (qui ne sont pas transposables au passif d'action à l'aide de par); les verbes intrans. ne servent que très rarement de base à des adj. en -able/-ible, de même que les verbes trans. indir. (II); d'autre part, la not. verbale normalement contenue dans la base s'est parfois affaiblie; certains dér., en partic. les dér. sav., ne correspondent, en synchr. mod., à aucun verbe, et l'on a créé des dér. en -able/-ible sur des rad. nom. Il est vrai que cela s'est également produit pour les dés. -ant (gauchisant), -é (chocolaté, molletonné, vanillé), -u (feuillu), mais avec une fréquence moindre. b) Pourtant l'argument essentiel qui permet de penser que -able est un suff. et non pas une flexion est que les dér. qu'il sert à constr. fonctionnent toujours comme adj., alors que les formes en ou en -ant tiennent à la fois du verbe et de l'adj. Que la base soit verbale ou except. subst., la forme en -able appartient sans hésitation possible à la classe des adj. : il s'agit donc bien d'un processus de dér.
Prononc., ORTH. ET MORPHOL.
A.— Prononc. :[abl.]. 1. Timbre. Le timbre ant. du a est stable dans le suff. (unanimité des dict.) cf. cependant MART. Comment prononce 1913, p. 30, pour qui le timbre post. est possible comme licence poétique à la rime pour les ,,adjectifs à suffixe -able``. Par contre, on note un certain flottement pour la finale -able non suff. FOUCHÉ Prononc. 1959, pp. 57-58 affirme. : ,,On prononce un [] long dans il accable [], diable, fable, gable, sable. Certains font la distinction entre sable (un des six émaux de l'écu), avec [a], et sable (silice en grain), avec [] long (...). Le mot gable [] s'écrit aussi gâble.`` Pour Martinon, la prononc. [] dans ces mots, ainsi que dans érable et affable est assez cour. Enfin la prononc. [] dans fable, sable et gable obtient toujours un assez large accord des dict. 2. Durée. Une certaine tendance à l'allongement de [a], que Martinon (p. 30) explique par la présence du ,,groupe à liquide`` subséquent, est également sentie par FÉR. 1761 qui note gén. la syllabe comme ,,douteuse``; DG transcrit une voyelle longue. Apr. PASSY 1914 qui indique une demi-longueur, cette nuance n'est plus retenue.
B.— Stab. phon. et var. graph. du rad. — Le rad. verbal ne subit dans la dér. en -able que des var. graph. c/qu, gu/g, g/ge, c/ç, et non pas phon. C'est le rad. du part. prés. qui sert régulièrement de base aux dér. en -able (à moins qu'il n'ait un caractère sav. pour les formations en -ible, cf. inf. B 1). Il est toutefois confondu avec le rad. de l'inf. pour un très grand nombre de verbes et notamment pour les verbes du 1er groupe.
1. c/qu. Quand le suff. s'accole à des verbes en -quer, on constate la transformation de -qu- en -c-, chaque fois qu'au verbe correspond un dér. en -c-ation. Le c a été rétabli dans les dér. au XVIe s. par souci d'étymol. :
appli-qu-er / appli-c-able (-c-ation) < lat. applicare
communi-qu-er / communi-c-able (-c-ation) < lat. communicare
confis-qu-er / confis-c-able (-c-ation) < lat. confiscare
édu-qu-er / édu-c-able (-c-ation) < lat. educare
expli-qu-er / expli-c-able (-c-ation) < lat. explicare
convo-qu-er / convo-c-able (-c-ation) < lat. vocare
évo-qu-er / évo-c-able (-c-ation) < lat. vocare
révo-qu-er / révo-c-able (-c-ation) < lat. vocare
Deux dérivés font exception : hypothé-qu-er / hypothé-c-able, prati-qu-er / prati-c-able, dans lesquels les verbes sont dér. des subst. hypothèque et pratique issus respectivement du lat. jur. hypotheca, emprunté au gr. hupothêkê et du lat. médiév. practica, emprunté au gr. praktikê. La graphie reste -qu- dans les dér. qui ne se rattachent qu'à un verbe en -quer et non à un dér. en -cation. Dans ce cas, le verbe n'a pas de corresp. lat. en -care :
attaqu-er / -able < de l'ital attacare (frq. stakôn)
criti-qu-er / -able < de critique, lat. criticus emprunté au gr. kritikos
manqu-er / immanqu-able < de l'ital. mancare (lat. mancus)
remarqu-er / -able < de l'a. scand. merke « marque », avec influence de l'ital. marcare
retorqu-er / -able < issu d'un verbe lat. en -qu- retorquere
risqu-er / -able < de risque, de l'ital. risco (rischio), gr. rhizikon
2. gu/g. Quand le suff. s'accole à des verbes en -guer, on note la disparition rég. du u devenu inutile devant un a pour conserver le son [g] :
conjuguer / conjugable
fatiguer / fatigable
irriguer / irrigable
larguer / largable
naviguer / navigable
3. g/ge. Quand le suff. s'accole à des verbes en -ger, un e s'intercale entre le g et le a, afin que la prononc. [] de l'inf. soit maintenue :
arranger / arrangeable
changer / changeable
diriger / dirigeable
loger / logeable
manger / mangeable
négliger / négligeable
partager / partageable
4. c/ç. Quand le suff. s'accole à des verbes en -cer, le c devient ç devant a pour conserver la prononc. [s] de l'inf. :
commercer / commerçable
effacer / effaçable
influencer / influençable
prononcer / prononçable
remplacer / remplaçable
C.— Affinités morphol. du suff.
1. Le suff. -able s'accole à toutes les termin. possibles. -ible, qui forme beaucoup moins de dér., s'accole de préférence à des rad. empruntés au lat. Ils sont le plus souvent terminés par s ou par t. La plupart des formations en -ible, en effet, sont des formations sav. :
Qu'elles aient une forme lat. corresp. :
comestible < comestibilis
convertible < convertibilis
irascible < irascibilis
séductible < seductibilis ...
Ou qu'elles aient été formées sur des rad. sav. sans qu'il y ait d'adj. lat. corresp. :
combust-ible / -ion (combustio)
convuls-ible / -ion (convulsio)
fus-ible / -ion (fusio)
Seuls, peuvent être considérés d'orig. pop. des mots comme :
faillible
lisible
loisible
nuisible
paisible
traduisible
2. En position d'infixe, -able / -ible appellent volontiers, sauf lorsqu'ils sont accolés à des subst. (charitable), le suff. de noms abstr. -ité pour former avec lui la combinaison -abilité, -ibilité, parfois aussi les suff. -isme et -iste :(probable / probabilisme — probabiliste). La correspondance est fréq. entre les subst. en -(a)tion / -sion / -ssion et les adj. en -able / -ible :
ador-able / -ation
colonis-able / -ation
congel-able / -ation
estim-able / -ation
impos-able / -ition
liquid-able / -ation
négoci-able / -ation
recommand-able / -ation
réconcili-able / -ation
simplifi-able / -(c)ation
admiss-ible / -ion
compress-ible / -ion
diffus-ible / -ion
digest-ible / -ion
divis-ible / -ion
expans-ible / -ion
explos-ible / -ion
perfec-ible / -ion
réduct-ible / -ion
vis-ible / -ion
Étymol. ET HIST.
A.— Étymol. — Le suff. -able / -ible / -uble remonte au suff. lat. -a bilis, -i bilis, -u bilis (i.-e. : -dhlis) (E. Thorné HAMMAR, Op. cit., p. 8).
1. Il s'ajoute gén. aux thèmes du prés. en lat., la voyelle d'appui dépendant de la conjug. du verbe.
Les adj. en -abilis sont dér. de la 1re conjug. :
ama-re / amabilis
detesta-re / detestabilis...
Les adj. en -ibilis sont dér. des 2e et 3e conjug. :
horre-re / horribilis
crede-re / credibilis...
à l'exception de 3 formes qui correspondent à des verbes de 2e conjug. en -ebilis : delebilis, fl-ebilis et pl-ebilis (cf. E. Thorné HAMMAR, Op., cit., p. 11).
Les adj. en -ibilis sont dér. de la 4e conjug. :
exaudi-re / exaudibilis
nesci-re / nescibilis...
2. Il s'ajoute, à une époque plus récente du lat., au thème du part. passé, gén. sous la forme -ibilis ou -ubilis :
amiss-ibilis
apprehens-ibilis
contempt-ibilis...
sol-ubilis
vol-ubilis
3. Le suff. -bilis s'ajoute très rarement à des rad. nom. :
amicabilis
rationabilis
voluptabilis
M. Leumann (cf. bbg., op. cit., p. 26) remarque que presque toutes les formations nom. en -abilis ont des formes corresp. en -alis (naturabilis / naturalis; rationabilis / rationalis). On retrouve d'ailleurs qq. traces de cette alternance -al / -able en a. fr. dans :
charitable / charital
finable / final
veritable / verital...
B.— Vitalité et productivité
1. Vitalité
a) L'analyse des dér. se fait souvent aisément, que la base soit un verbe (absorber / absorbable; punissant / punissable ...)
ou que le suff. soit commutable avec -(t)ion (prévisible / prévision...) (cf. sup. morphol. C). Autres commutations : -able / -ateur; -able / -atoire; -ible / -eur / -ifier; -ible / -ent :
sécable / sécateur
arable / aratoire
horrible / horreur / horrifier
terrible / terreur / terrifier
intelligible / intelligent
tangible / tangent
b) Dans bon nombre d'ex. cependant, la base n'est pas isolable en fr. mod. Il semble pourtant que, fréquemment, le sent. de la suffixation demeure et que le sens de la possibilité passive soit plus ou moins consciemment perçu, même si le rad. n'est pas compris :
capable « qui est en état (de faire qqc.) » < capabilis de capere « être susceptible de »
curable « qui peut être guéri » < curabilis de curare « soigner, guérir » / cure
friable « qui peut être broyé » < friabilis d'apr. friare « broyer »
inéluctable « contre quoi on ne peut lutter » < ineluctabilis de electari « échapper en luttant »
inextricable « qu'on ne peut démêler » < inextricabilis de extricare « démêler »
insatiable « qui ne peut être rassasié » < insatiabilis de satiare « rassasier »
potable « que l'on peut boire » < potabilis de potare « boire »
vulnérable « qui peut être blessé » < vulnerabilis de vulnerare « blesser »
À noter 2 ex. entièrement calqués sur le lat. :
indélébile « qui ne peut s'effacer » < indelebilis de delere « détruire »
mobile « qui peut être mu » < movibilis de movere « mouvoir »
dans lesquels il s'agit effectivement du même suff.
La var. -uble n'est guère représentée que dans le mot soluble et ses dér. (insoluble, indissoluble...); la finale -ubile, qui apparaît dans volubile, n'est pas analysée en synchr. mod.
c) Les finales homophones se présentent uniquement dans des subst. et sans confusion possible avec les adj. en -able :
Mots dér. de subst. lat. en -bulum, suff. nom. que certains étymologistes considèrent comme apparenté au suff. -bilis (cf. E. Thorné HAMMAR, Op. cit., p. 9) :
étable < stabula plur. de stabulum
incunable < incunabulum
rouable < rutabulum
vocable < vocabulum
Cf. jable < du gaul. latinisé gabulum
En -bulus, ou -bula :
érable < acerabulus
Cf. diable < diabolus
fable < fabula
retable < esp. retablo de table.
2. Productivité. Parmi tous les suff. adj. du lat., -bilis est un des plus utilisés. On le rencontre en lat. arch. et class. et surtout en lat. tardif où il apparaît le plus souvent sous la forme -abilis, tous les verbes formés à cette époque relevant de la 1re conjug. Le suff. est très productif à toutes les époques du fr. [doutable a pu être employé pour douteux, attrayable pour attrayant, déshonorable pour déshonorant, mourable pour mourant (HUG. Mots disp. 1935, pp. 125-126)] à partir du XIIe et XIIIe s. où il s'accolait même couramment à des bases nom. (cf. inf. C, rem.), formation dont il ne reste plus que qq. traces. On ne trouve pas d'ex. de ce suff. dans les plus anc. textes fr., les Serments de Strasbourg, Sainte Eulalie, et la Vie de saint Léger, selon E. Thorné Hammar (op. cit., p. 71). Les formes en -able ont très tôt supplanté celles en -ible. E. Thorné Hammar (op. cit., p. 12) n'en signale qu'une centaine ds GDF. pour 2 000 en -able. Jusqu'au XVIe s. on trouve qqf. les 2 formes employées indifféremment :
faisable (XIVe) / faisible (XIVe)
responsable (1284) / responsible (1502)
vendable (XIIIe) / vendible (1515)
C'est parfois le dér. en -ible qui a triomphé, en partic. lorsque le rad. se termine par un s. (cf. morphol. C 1) :
divisible (XVe) / divisable
lisible (1464) / lisable (1474)
loisible (1295) / loisable (XIIe)
nuisible (XIVe) / nuisable (XIIe)
paisible (XIIe) / paisable (XIIe)
Cf. aussi :
faillible (XIIIe) / faillable
penible (XIIe) / penable (XIIe)
de manière plus gén., lorsque le rad. sav. est préféré au rad. pop. :
comprenable (XIIe) / compréhensible (XVe)
corrompable (XIIe) / corruptible (XIIIe)
creable (XIIe) / crédible
percevable (XIVe) / perceptible (1372)
pourrisable / putrescible (XIVe)
reprenable / répréhensible (XIVe)
riable / risible (XIVe)
veable (XIIe) / visible (XIIe)
Les formations récentes sont nombreuses :
capturable
dénonçable
éjectable (1956, DUB. Dér., 1962, p. 52)
encerclable
ministrable (1936) cf. II Rem. B
objectivable (1908, DUB. Dér., p. 52)
possédable
relégable
repêchable
révélable
skiable (1927) cf. II B
spécifiable
unifiable
Le suff. est disponible pour la plupart des verbes trans. dir. Si tous les adj. n'existent pas, il ne semble pas impossible de les former, leur présence dans les nomenclatures de dict. ne se justifiant que lorsque l'adj. est relativement autonome du verbe. Une preuve suppl. de la vitalité du suff. est l'existence de nombreux dér. négatifs alors que le verbe négatif corresp. n'existe pas (cf. DUB. Dér., p. 53) :
imperçable
incelable
indiscutable
inatteignable
inétreignable
inévitable
infixable
inimaginable
insondable
insoulevable
intrompable
inviolable
invincible
irrassasiable
irréalisable
irréfreinable
irrésistible
La plupart de ces adj. ne sont attestés ou usuels qu'à la forme négative. Les dér. à partir de verbes intrans. ou pronom. sont rares, et dans la plupart des cas, de telles formations paraissent impossibles (cf. aberrer — aberrant; abonder — abondant; aboyer; accéder; (se) bagarrer; barboter; batailler; bavarder; bégayer; bifurquer; blêmir; (se) coaliser; (se) démener; (se) désister ...). On ne rencontre plus de nouv. formations en fr. mod. Les dér. en -able ont pratiquement supplanté ceux en -ible dont le Pt Lar. 1962 ne donne que 137 attest., contre plus de 650 en -able. On rencontre cependant qq. nouv. formations en -ible, dont la plupart ont un caractère sav. :
coalescible
conceptible (NYROP t. 3 1936, § 320)
explosible (1849. ibid.)
fusible (ibid.)
impressible (ibid.)
inexhaustible
C.— Signification
1. Les dér. exprimant une possibilité passive sont relativement peu nombreux en a. fr., où ils cèdent provisoirement le pas aux dér. de sens actif. Notons cependant, signalés par E. Thorné Hammar (op. cit., p. 74) :
caeignable « susceptible d'être mené en laisse »
conquestable
defensable
gueable
guer(re)donable « digne d'être recommandé » (NYROP t. 3, § 145)
preciable
prenable
Le sens passif s'est toutefois maintenu dans les textes influencés par le lat. (textes relig. et jur.). Il triomphera définitivement au début de l'époque class.
2. Les dér. de sens actif ne s'obtenaient pas seulement en a. fr. à partir de verbes intrans. comme c'est le plus souvent le cas en fr. mod. :
avenable « convenable »
conversable « qui vit et demeure en tel endroit »
coursable « qui court bien »
decheable « sujet à tomber, à déchoir »
demorable « stationnaire »
escolorgeable « changeant, vacillant »
foisonnable « abondant »
moltepliable « qui se multiplie »
montable « d'une grande valeur » d'apr. monter « valoir »
mourable « mourant, mortel »
pechable « enclin à pécher »,
mais aussi à partir de verbes trans. dir. ou indir. :
aidable « qui aide » jusqu'au XVIe s. - cf. son sens passif en fr. mod.
arrosable « qui arrose » - cf. le sens passif que le dér. a pris en fr. mod.
buvable « qui boit » - cf. son sens passif en fr. mod.
consentable « qui est de concert avec »
decevable « qui déçoit »
dispensable « prodigue »
empeschable « qui empêche »
espargnable « qui épargne »
feünable « qui met bas, fécond »
grevable « qui ravit »
Certains dér. pouvaient avoir en même temps un sens actif et un sens passif :
accomplissable « qui accomplit » et « qui doit être accompli »
agreable « qui agrée » et « qui doit être agréé »
defendable « qui défend » (armes) et « qui peut être défendu » (chateau)
entendable « qui entend, qui comprend » (enfant) et « qui peut être compris » (parole)
gemissable « qui gémit » et « qui mérite d'être déploré » ...
Rem. L'a. fr. connaît un assez grand nombre de dér. nom. en -able :
bontable « bon »
cornable « en chair, humain »
delitable « agréable »
droiturable « droit »
esperitable « spirituel »
honestable « honorable »
joiable « joyeux »
majestable « majestueux »
merciable « implorant la pitié »
vertuable « valeureux, vaillant »
viltable « méprisable »
BBG. — ENGELS (J.). L'Ovide moralisé et les adjectifs en -able. In :[Mélanges Roques (M.)]. Paris, 1953, t. 2, pp. 53-80. — GOSSEN (C.-T.). Petite grammaire de l'ancien picard. Paris, 1951, pp. 88-91. — HAMMAR (E.-T.). Le Développement de sens du suffixe latin -bilis en français. Lund, 1942. — LEUMANN (M.). Die Lateinischen Adjektiva auf -lis. Strasbourg, 1917. — PINCHON (J.), Le Jargon scientifique et le style superlatif. Fr. Monde. 1966. n° 43, pp. 47-48.

Élément, du lat. -abilis, qui s'ajoute aux bases des verbes transitifs en -er (chanter, chantable) et en -ir (variante -issable : périr, périssable) pour former des adjectifs avec la valeur passive de « qui peut être… », ou à une base nominale avec la valeur active de « qui donne », « enclin à » (ex. : charitable, pitoyable). -ible. La formation de tels adjectifs est libre, notamment en combinaison avec le préfixe négatif in- (in-, im-, ir-).
1 Comme morphème du verbe, le sort de l'adjectif verbal indiquant la possibilité est lié à celui du verbe, et même à celui du verbe transitif (…) Bien que l'adjectif verbal soit disponible pour tous les verbes transitifs, la forme (en -able) n'a pas une fréquence relative telle qu'elle soit immédiatement enregistrée dans les dictionnaires (…) la lexicalisation ne se justifie que lorsque l'adjectif en -able est relativement autonome du verbe, et le lexicographe ne se croit pas obligé d'enregistrer les formes simplement disponibles (…) Le suffixe se présente sous les deux formes -able et -issable; les dérivés en -ible (-uble) par suite de leur isolement relatif dans la structure ont tendance à se lexicaliser immédiatement.
J. Dubois, la Dérivation suffixale, p. 52.
Exemples de telles formes :
2 (…) au contraire de ces clairs miroirs d'extase (ses yeux), allumables seulement au foyer de quelque émotion profonde (…)
Léon Bloy, le Désespéré, p. 122.
3 S'il avait un sou de talent au service de sa désespérée fureur de raté, nul n'échapperait au venin de ses abominables crocs, à l'exception, peut-être, de quelques turfistes à poigne, accoutumés à rosser des bêtes plus nobles, mais fort capables, après le champagne, de déroger jusqu'à son calottable visage.
Léon Bloy, le Désespéré, p. 202.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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